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Comprendre les enjeux de santé publique de la pollution de l’air intérieur en France

Former Home Of Al Capone Refurbished In Miami Beach

L’Homme peut être malade de son habitat. Trois à quatre cents personnes meurent tous les ans d’une intoxication au monoxyde de carbone en France. Le laboratoire d’hygiène de la ville de Paris estime à 2 000 le nombre annuel de victimes de la bactérie legionnella pneumophila en France. La concentration d’agents biologiques dans des locaux chauds, humides et peu ventilés est sous doute l’une des causes majeures de l’augmentation de l’asthme au cours des vingt dernières années. Et l’Organisation mondiale de la santé considère que 30% des immeubles de bureaux sont « malsains » soit parce que mal climatisés, soit parce qu’ils représentent des détériorations graves des matériaux de construction.

La pollution atmosphérique est généralement associée à la qualité de l’air « extérieur ». Or dans les pays développés, la population passe plus de 80% de son temps à l’intérieur de locaux privés ou professionnels, les bureaux du secteur tertiaire présentant des caractéristiques proches de l’habitat. Sans le savoir, l’Homme est exposé à un grand nombre de polluants à des concentrations qui peuvent être supérieures à celles rencontrées à l’extérieur. La qualité de l’air dans les bâtiments devient aussi un réel enjeu de santé publique. Ce qui ne devrait pas être sans conséquence sur l’industrie de la construction.

L’atmosphère des habitations et des bureaux constitue aujourd’hui un champ immense d’études en laboratoire et de travaux sur le terrain. Aujourd’hui, plus de 80% des Français habitent en ville. Le secteur tertiaire, celui des services et de la vie de bureau, est aujourd’hui celui qui emploie la part la plus importante de la population active.

Il a fallu moins d’une génération pour que s’opère la bascule. On a construit vite des immeubles de grande hauteur climatisés. Avec promesse de grand confort thermique et d’air sain. AU bureau, un système complexe de pompes, de filtres, de gaines d’aération se charge de réguler au air constamment renouvelé. A la maison, les fenêtres en PVC, le double vitrage, la traque aux interstices réduisent considérablement les échanges entre air intérieur et air extérieur. Une tendance vieille comme le choc pétrolier de 1973 où la recherche systématique d’économies d’énergie a conduit à calfeutrer les habitations au détriment d’une bonne aération. Cette contradiction perdure encore. Si aujourd’hui le prix du pétrole ne fait plus peur ce sont les changements climatiques qui imposent une parfaite étanchéité des bâtiments : économiser du CO2. Le secteur résidentiel et tertiaire est responsable de 25% des émissions annuelles de ce gaz à effet de serre. A Kyoto en décembre 1997, la France s’est engagée à réduire de 8% ses émissions. Cela passe en partie par la gestion de la ventilation des maisons et des bureaux. La France aura le plus grand mal à remplir un tel objectif tout simplement parce que l’immense majorité de son bâti n’a pas été conçu selon les normes environnementales. La ville s’est étendue. La pavillon de banlieue, devenu un mode courant d’habitat, oblige à individualiser la gestion énergétique : transports et confort thermique. Poussés parfois trop vite, les immeubles de bureaux sont équipés de systèmes de climatisation souvent mal montés, et peu entretenus.

Les bâtiments sont construits pour durer. Mais ils vieillissent et leurs défauts finissent toujours par apparaître. Au bout de vingt ans se sont progressivement manifestés des troubles insidieux parmi les occupants de ces espaces artificiels : des maux de tête, de l’absentéisme, des fièvres et des plaintes se sont accumulés auprès de la médecine du travail. En France, le syndrome du bâtiment malsain toucherait au moins 10% de la population active travaillant en bureau, soit plus d’un million de personnes.

Certains phénomènes sont plus brutaux. En juin 1998, un tour de refroidissement exhale un nuage de bactéries legionella pneumophila. Quatre personnes se promenant sur le boulevard de Italiens à Paris en meurent. Les services de la préfecture de police inspectent les systèmes de climatisation du quartier pour s’apercevoir que les bactéries sont partout. Les gaines et les filtres sont tellement mal entretenus que les traitements curatifs ne permettent pas de détruire des micro-organismes enkystés dans d’épaisses couches de tartre. En 1999, c’est à la gare Montparnasse qu’un bâtiment lâche son nuage bactérien nocif. Un mort. Désormais, à partir de l’été 2000, les inspecteurs des installations classées grimperont sur les toits avec un masque hygiénique.

Il nous faut mieux comprendre dans quel bain nous évoluons et donc développer la mesure et la  surveillance. Puis sans doute, il faudra faire adopter au secteur du bâtiment de nouvelles règles de construction qui mettent en avant non pas seulement l’esthétisme architectural ou le confort ou encore le montant des bénéfices à réaliser, mais la santé de ceux et celles qui vont vivre et travailler des années durant entre ces murs.

 

La qualité de l’air à l’intérieur des locaux est fortement dépendante de l’environnement extérieur proche comme la proximité de la voirie et de la nature et de l’intensité des sources internes de polluants comme le chauffage domestique ou la production d’eau chaude. Elle est également liée à la ventilation, à la climatisation, aux divers humidificateurs. Le bricolage, le tabagisme, la cuisson des aliments apportent leurs lots d’émanations diverses. Certaines sources de polluants émettent de façon continue.  C’est le cas des matériaux de construction ou des sols. D’autres sont plus ponctuelles comme les gaz émis lors des activités de bricolage.

La pollution de l’air extérieur pénètre dans les habitations par les fenêtres, les portes, les systèmes de ventilation et le moindre interstice. Les polluants seraient alors, en principe, les mêmes que ceux que l’on trouve à l’extérieur : dioxyde de soufre, oxyde d’azote, particules en suspension, ozone… Mais des phénomènes de filtre, de déposition ou de réactions chimiques se produisent. Ainsi les dioxydes de soufre et d’azote sont absorbés par les cloisons et les éléments d’ameublement. Les niveaux rencontrés à l’intérieur seront donc habituellement inférieurs à ceux mesurés à l’extérieur pour ces gaz.

La maison concentre également des gaz et polluants inhérents à ses matériaux et à son ameublement. Isolants, bois et peintures utilisés lors de la construction et certaines pièces de mobiliers peuvent diffuser pendant des périodes très longues des gaz provenant de colles d’agglomérés ou de diluants. On retrouve aussi chez soi du toluène, du benzène ou du xylène, dans la famille des composés aromatiques, et du formaldéhyde, de l’acétaldéhyde et de l’acétone pour les composés carbonylés. Des concentrations en toluène de quelques dizaines à plus de 1 000 microgramme/m3 ont été rencontrées dans des habitations particulièrement mal ventilées. L’amiante a longtemps été utilisé dans l’habitat sous formes de calorifugeage,  joints, et éléments de fibrociment. L’utilisation de l’amiante est définitivement interdite depuis le 1er janvier 1997, mais ce matériau peut persister encore dans certains endroits comme les gaines d’isolation électrique et de chauffage. La loi impose au propriétaire d’effectuer une recherche systématique des fibres d’amiante dans les locaux et de prendre des dispositions pour éviter qu’elles ne se dispersent dans l’environnement, notamment à l’occasion de travaux d’entretien. Le retrait de l’amiante doit être effectué par des services habilités et dans des conditions très strictes de protection des travailleurs et de l’environnement.

Le formaldéhyde est un polluant fréquemment présent dans les locaux parce qu’il est utilisé dans les colles (anciennes mousses uréeformol pour l’isolation, agglomérés, colle des moquettes…), les produits de désinfection et de nettoyage et dans certaines peintures. On le trouve aussi en quantité dans la fumée de tabac. Son évaporation augmente avec la température et l’humidité. On ressent souvent ses effets dans les bâtiments neufs ou possédant du mobilier neuf. Ce gaz est un puissant irritant des voies respiratoires. L’OMS préconise une concentration maximale admissible de 0,1 mg/m3 d’air. Pour diminuer sa teneur dans les locaux, on peut diminuer la température ambiante, ou appliquer des peintures imperméables. Mais rien n’est plus efficace qu’une bonne ventilation.

Les encaustiques, les aérosols de tous genres, les colles, les peintures peuvent générer des quantités importantes de composés organiques volatils (COV). Leurs concentrations dans l’air intérieur sont variables et habituellement supérieures de 2 à 10 fois celles de l’air extérieur. Pour autant, les concentrations restent relativement faibles par rapport aux valeurs limites d’exposition admises dans les ambiances de travail (de 100 à 1000 fois moins élevées). Chez l’adepte du bricolage, ces émanations peuvent provoquer à terme des effets sur la santé allant du simple inconfort à des symptômes plus aigus tels que les irritations (peau et muqueuses), maux de tête, fatigues… les éthers de glycol, composés utilisés dans un très grand nombre de produits domestiques et industriels peuvent être particulièrement nocifs.

L’homme est aussi un pollueur naturel. Sa seule présence au sein d’un local est génératrice de gaz carbonique et d’humidité provenant de sa respiration, d’odeurs corporelles ou de productions épidermiques. Les concentrations en gaz carbonique augmentent avec le nombre d’occupants et la durée de l’occupation des locaux. Un pièce vide contient de 500 à 700 mg/m3 (300-400 ppm) de CO2 ; une pièce occupée de 900 à 1900 mg/m3 (500-1000 ppm). C’est à partir de 1 800 mg/m3 (1000 ppm) que des symptômes apparaissent (somnolence, sensation de manque d’air…). Une simple ouverture des fenêtres permet de régler le problème.

La source majeure de pollution de l’air à l’intérieur des locaux est le fumeur. La combustion du tabac dégage une fumée composée de très fines particules et de gaz divers. Plusieurs milliers de composants ont pu être identifiés. Outre le monoxyde de carbone, on distingue cependant les goudrons qui contiennent des hydrocarbures tels que le benzopyrène ou les nitrosamines dont le pouvoir cancérigène est bien connu, les substances irritantes telles que l’acroléïne, l’ammoniac ou encore les oxydes d’azote. La nicotine, enfin, exerce des effets cardiovasculaires tels que l’accélération du pouls, l’élévation de la tension artérielle, et des troubles du rythme cardiaque. La présence de fumeurs dans des enceintes closes ne nuit pas seulement au fumeur lui-même, mais à l’ensemble des personnes présentes. Les enfants dont les parents fument en leur présence sont deux fois plus souvent victimes de bronchites et de pneumonies. Ils sont plus fréquemment asthmatiques. Selon un rapport de l’Académie de médecine, le tabagisme passif est responsable de 2 500 à 3 000 décès par an en France. Il remplit généreusement les salles d’attente des pédiatres.

Un mauvais entretien, un surpeuplement et une mauvaise ventilation des locaux peuvent entraîner une multiplication des biocontaminants dans l’air. Cette forme de pollution biologique est constituée par les micro-organismes vivants (virus, champignons microscopiques, bactéries) en suspension dans l’air, par les toxines issues des bactéries et des champignons et par les allergènes produits par les animaux (chats, blattes, acariens…) ou les champignons (moisissures) qui peuplent nos intérieurs. Ces micro-organismes sont apportés par les personnes et les animaux vivants dans les locaux mais aussi par les milieux humides (réservoir pour les plantes, le système de conditionnement d’air…). Leur prolifération est favorisée par une hygrométrie de plus de 70% et par une température élevée. Les légionella prolifèrent très rapidement dans une ambiance dont la température est comprise entre 25 et 45°C ce qui est le cas dans les circuits d’eau sanitaires ou d’aéro-réfrigérants (climatisation). En l’absence de valeur limites d’exposition, on considère en France qu’une concentration inférieure à 1 000 bactéries par litre d’air n’entraîne par de risque accru pour la population générale.

 

Source : extraits du livre « Quels risques pour la santé ? », de Denis Zmirou




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